mercredi 25 décembre 2013

Bouillon royal

Philippe III
En 1284, le roi de France Philippe III dit le Hardi est en conflit avec Pierre III, roi d’Aragon fraîchement excommunié par le pape suite à ses conquêtes en Sicile au détriment de Charles d’Anjou, oncle de Philippe III. Jacques II de Majorque, frère de Pierre III et comte du Roussillon, n’a d’autre choix que de s’allier avec le roi de France lorsque celui-ci se lance avec la bénédiction du Pape dans la croisade d’Aragon. L’expédition est un désastre pour l’armée française et Philippe III est obligé de négocier son retour à travers les Pyrénées. Victime de l’épidémie qui a touché son armée en Catalogne, il meurt à Perpignan le 5 octobre 1285. 
Il faut alors rapatrier le corps du roi dans ses terres, mais il n’est pas concevable de le ramener en l’état jusque dans son fief parisien. Le corps de Philippe III, à l’instar de celui de son père Louis IX mort en Tunisie, va donc subir le rituel du mos Teutonicus, technique funéraire permettant de transporter les différentes parties d’un corps en évitant la putréfaction. On commence par extraire le coeur et les entrailles du corps du roi et on les sale comme on le ferait pour conserver n’importe quelle pièce de viande. On fait ensuite bouillir la dépouille, dans de l’eau ou, parfois, dans du vin aromatisé, afin de séparer les chairs des os. On peut alors généralement enterrer le corps du souverain dans trois endroits différents, avec une cérémonie distincte pour les os, le coeur et les entrailles. 
Dans le cas de Philippe le Hardi, son corps se trouve divisé en quatre. Les chairs sont enterrées à la cathédrale de Narbonne, les entrailles sont envoyées à l’abbaye cistercienne de la Noë en Normandie, le coeur est offert  au couvent des Jacobins à Paris et enfin, partie la plus noble, les ossements rejoignent la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. De la dépouille royale il n’est rien resté à Perpignan, mais l’histoire ne nous dit pas ce qu’il est advenu du bouillon…


Sources :
Dominique-Marie-Joseph Henry, Le Guide en Roussillon : ou Itinéraire du voyageur dans le département des Pyrénées-Orientales, Perpignan, J.-B. Alzine, 1842
Jean Villanove, Histoire populaire des Catalans : des origines au XVe siècle, t. 1, J. Villanove, 1978

Crédit photo : Par Acoma (Travail personnel) [Public domain], via Wikimedia Commons.

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dimanche 1 septembre 2013

Une presse indépendante

Au début du XIXème siècle, les Pyrénées-Orientales font partie des onze départements de France qui ne possèdent aucun journal d'information locale. Pour remédier à cet état de fait, la préfecture de Perpignan créé à la Restauration, en 1815, le "Mémorial administratif du département des Pyrénées-Orientales". La parution change plusieurs fois de titre et devient en 1831 "Le Journal des Pyrénées-Orientales". Ce journal, qui n'est vendu que par abonnement, présente l'inconvénient de n'exprimer sur les événements que le point de vue officiel de la préfecture. Nous sommes à l'époque et depuis 1830 en monarchie, sous le règne de Louis-Philippe. Les opposants au régime sont nombreux, entre les carlistes, farouches opposants des orléanistes, et les républicains, opposants à la monarchie de facto. Le prestigieux savant et républicain François Arago a déjà effectué de nombreux mandats en tant que député des Pyrénées-Orientales. Toutefois, le travail de propagande de la préfecture, notamment par le biais de son journal, commence à porter ses fruits et Arago n'est plus si sûr d'être élu aux prochaines élections de 1846.  Les partisans d'Arago, carlistes et républicains, décident alors de mener une contre-propagande pour donner une chance à leur candidat. Il leur faut notamment un journal indépendant du pouvoir en place. Un rédacteur en chef réputé est recruté à Paris et, le premier janvier 1846, paraît le 1er numéro de L'Indépendant des Pyrénées-Orientales. La mission est remplie, puisqu'Arago est réélu cette même année parmi cinq candidats avec  un score ahurissant de 98,9% des voix en sa faveur. Toutefois, élu en même temps dans la Seine et de manière aussi enthousiaste, il choisira finalement de représenter ce département à l'Assemblée.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
Le n°1 du 1er janvier 1846

Sources :
Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985
Gérard Bonet, L'Indépendant des Pyrénées-Orientales. Un siècle d'histoire d'un quotidien, 1846-1950, éd. Publications de l'Olivier, Perpignan, 2005
Image : Fabricio Cardenas


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samedi 31 août 2013

Sans foi ni loi

La famille Borgia, connue pour ses frasques dans l'Italie du XVème siècle, était en fait originaire de la petite ville de Borja, en Aragon, puis s'était installée dans le royaume de Valence après la reconquista. La branche italienne vient d'Alfons de Borja, évêque de Valence puis cardinal, qui deviendra pape sous le nom de Calixte III. Connu pour son népotisme, il place tous les membres de sa famille aux postes clés de l'église à Rome. Son neveu Rodrigo est élu pape en 1492 sous le nom d'Alexandre VI et continue à placer ses proches, à commencer par ses enfants. César Borgia est l'un deux. Né à Rome en 1475, sa vie remplie de débauche, de meurtres et de trahisons en tout genre ne pouvait que finir de manière tragique. C'est donc sans surprise qu'il meurt dans une embuscade à 31 ans. Sa devise, toute simple, était à la mesure du personnage: Ou César, ou rien. Entré dans l'église dès l'âge de 7 ans, la carrière de César se déroule en partie dans notre région. Il est nommé évêque de Pampelune à 15 ans,  puis son père fraichement élu pape le promeut archevêque de Valence puis cardinal alors qu'il n'a que 17 ans. En 1493, il obtient en plus les évêchés de Castres et d'Elne, dont il prend possession par procuration. Comme si cela ne suffisait pas, une bulle du pape de 1494 le nomme abbé de l'abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa avec, selon les propres mots de son père, "la confiance que, grâce à son zèle, le monastère sera utilement et heureusement dirigé". En réalité, César n'en a cure et s'intéresse surtout à ce que peuvent lui rapporter ces charges, à tel point que le clergé du diocèse d'Elne se soulève en 1497 et proteste auprès du roi, qui ordonne dès l'année suivante que la somme demandée soit réduite de moitié. En 1498, César profite de la mort de son frère pour reprendre les affaires temporelles en main et abandonne toute charge ecclésiastique. Il n'a que 23 ans.

Portrait supposé de César Borgia


Source : Jean Capeille, « César Borgia », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Image : Altobello Melone [Public domain], via Wikimedia Commons
 
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vendredi 30 août 2013

Pélerinage irlandais

Quiconque visite Périllos, au-dessus d'Opoul, ne verra plus de nos jours qu'un village désert, dont le dernier habitant a quitté les lieux dans les années 70. Il est difficile d'imaginer que le recensement de 1856 y comptait 98 personnes, mais les guerres, le phylloxéra, la mortalité infantile et l'exode rural généralisé ont eu raison des derniers habitants, officiellement encore au nombre de 4 en 1968. Et pourtant, en d'autres temps, les seigneurs de Périllos furent des personnages influents, notamment à partir du XIVème siècle. Raymond de Périllos voit sa seigneurie érigée en vicomté en 1391 par Jean 1er d'Aragon, en remerciement de services rendus. Né d'un père aux talents de diplomate, Raymond suit la même voie. Il voyage en Angleterre ou en Castille pour le roi de France, puis se met au service du roi d'Aragon, dont il deviendra un fidèle compagnon. Malheureusement pour lui, Jean 1er d'Aragon se tue à la chasse en chutant de cheval en 1396. Sa veuve intente alors un procès à tout  son entourage, reprochant aux courtisans leurs mauvais conseils ayant entrainé entre autre la mort accidentelle du roi, donc sans confession pour assurer le salut de l'âme de son royal mari. Pour se faire pardonner, Raymond de Périllos n'a donc pas le choix. Il part le 8 septembre 1397 pour l'Irlande en pèlerinage au purgatoire de Saint-Patrick, lieu réputé efficace pour s'informer du sort des âmes en peine. Arrivé dans la grotte du sanctuaire, Raymond a la révélation que l'âme de Jean 1er a bien été sauvée. Il peut désormais rentrer la conscience tranquille et est absous lors de la suite du procès. Il reprendra sa carrière de diplomate et se mettra au service de l'antipape aragonais Benoît XIII à Avignon.

Le clocher situé au-dessus de la grotte du purgatoire de Saint-Patrick

Sources :
Jean Capeille, « Raymond de Perellos », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Joan Peytavi Deixona, Avantpassats : Histoire et généalogie des grands hommes de Catalogne du Nord, Trabucaire, 2012
Photo : Par Egardiner0, via Wikimedia Commons

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jeudi 29 août 2013

Droit de vote

Le département des Pyrénées-Orientales est créé en 1790, non sans remous, puisqu'il s'agit de créer une entité suffisamment peuplée. La province historique du Roussillon ne suffisant pas, on lui adjoint la partie languedocienne du bassin de l'Agly, décision logique d'un point de vue géographique et portant la population du département à un peu plus de 100 000 habitants. Ceci fait, il s'agit de faire élire de nouveaux responsables et l'Assemblée Constituante fixe les modalités du droit de vote : seuls les hommes s'étant acquitté d'un impôt équivalent à trois journées de travail peuvent prétendre au titre de citoyen actif et donc voter. La pauvreté des régions rurales du département a pour conséquence d'écarter automatiquement un tiers des hommes majeurs de ce système. On ne compte au final que 16978 citoyens actifs qui peuvent alors élire les conseils municipaux. Ils doivent par contre déléguer leurs pouvoirs pour les autres scrutins aux grands électeurs. Ceux-ci sont choisis parmi les citoyens payant un impôt équivalent à dix journées de travail et constituent un groupe de 170 personnes. Enfin, il faut pour prétendre à se faire élire député faire partie de la tranche des contribuables payant un impôt  égal à un marc d'argent. On l'aura compris, le nouveau système verrouillait totalement l'accès aux urnes pour les classes les plus pauvres et permettait d'assurer le pouvoir aux notables du département mais, malgré ses errements, la démocratie était en marche.

Joseph Cassanyes, élu député en 1792


Source : Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985
Image :  Par Jacques59370 (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

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mercredi 28 août 2013

Résistance républicaine

Le 2 décembre 1851, Louis-Napoléon Bonaparte déclenche le coup d'État qui lui permet de rester au pouvoir, alors même que la constitution de la Deuxième République lui interdit de se représenter aux élections à venir. Toutes les régions de France ne réagissent pas de la même manière et les partisans de la République se trouvent alors en majorité dans le sud de la France. Le département des Pyrénées-Orientales est décrit à l'époque comme étant rempli de fervents républicains défenseurs de la démocratie, tous armés et membres de sociétés secrètes, les autorités sont donc sur leurs gardes. La nouvelle du coup d'État n'arrive à Perpignan que le 3 décembre dans l'après-midi. Aussitôt un rassemblement se forme devant la préfecture. Malgré une vive résistance, on fait quelques arrestations et celui-ci est dispersé. Augustin Lloubes, maire de Perpignan, fait afficher partout dès le 5 un arrêté municipal interdisant à quiconque de sortir la nuit la tête couverte. Malgré de nombreuses démissions d'élus ou de fonctionnaires, le calme semble s'être installé à Perpignan, où la plupart des notables ont rapidement accepté le changement de régime. A peu près 10000 personnes se soulèvent à travers le département dans la nuit du 7 au 8 décembre, mais l'éparpillement rend toute action inefficace. La plus grosse résistance vient d'Estagel, patrie d'Arago, où sont fait de nombreux prisonniers, ainsi que de Thuir, Villelongue, Collioure et Prades. Sur 500 personnes arrêtés, 336 sont déportés en Algérie, une dizaine partent pour Cayenne et 91 sont expulsées. Ironiquement, les élus locaux honorèrent par la suite le préfet en lui offrant une épée d'or en remerciement de son efficacité lors de cet épisode agité.

Portrait officiel de Louis-Napoléon Bonaparte en 1848


Sources :
Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985
Décembre-Alonnier, Histoire des Conseils de guerre de 1852, 1869 (à lire ici)
Image : Official portrait as president of the Second Republic of France [Public domain], via Wikimedia Commons

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mardi 27 août 2013

Victoire à l'arraché

En 1914, la Belle époque s'achève, l'heure est à l'insouciance, la guerre n'a pas encore été déclarée et l'Association Sportive Perpignanaise, ancêtre de l'USAP, joue la finale du Championnat de France de "football-rugby", c'est le nom de ce sport à l'époque, contre le Stadocest tarbais. La première mi-temps voit la domination des Tarbais, malgré l'expulsion de l'un de leurs joueurs, Faure, accusé d'avoir volontairement frappé Roque, de l'ASP. Cependant, aucun point n'est marqué. Les Tarbais conservent leur avantage en début de seconde mi-temps et, très vite un premier essai et marqué mais non transformé. 3-0 pour Tarbes. Quelques minutes à peine après cette ouverture du score, Tarbes récidive avec un drop-goal, qui vaut 4 points à l'époque. 7-0 pour Tarbes, on commence à s'inquiéter pour Perpignan. Mais c'est sans compter sur la ténacité des Catalans. Ils se regroupent, remontent le terrain et un premier essai est marqué, qu'Aimé Giral ne parvient toutefois pas à transformer. 7-3. Les Tarbais résistent, mais les Sang et Or augmentent la pression et un deuxième essai leur est refusé. Une dernière action de Courrège et Amilhat permet à Barbe de marquer l'essai. Giral se fait pardonner en transformant et le match est gagné au score final de 8-7 pour les Perpignanais qui obtiennent alors leur premier titre de Champion de France. Un journal de l'époque nous dit : "Les "Sang-et-Or" du Roussillon avaient gagné et les Tarbais pleurèrent, comme de grands enfants, la victoire qui leur échappait après leur avoir souri."  De cette belle équipe, beaucoup ne reviendront pas de la guerre : Aimé Giral, six de ses co-équipiers ainsi que le vice-président du club, Jean Laffon, mourront au front.

L'A.S.P. en 1913


Sources : Journal Gil Blas, 4 mai 1914 (à lire ici) + Wikipédia
Image : Par Sant Jordi (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

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lundi 26 août 2013

Olive précoce

La culture de l'olivier est une longue tradition dans la région et, on l'a peut-être oublié, le département des Pyrénées-Orientales était encore le premier du pays en 1848 pour la production d'huile d'olive.  Mais le gel meurtrier de 1956 vient ponctuer une longue période de déclin de l'oléiculture, en partie en raison de la meilleure rentabilité des vignes, plantées en nombre depuis la deuxième moitié du XIXème siècle. Après de multiples aléas, la production est progressivement repartie à la hausse, sans pour autant retrouver  les niveaux d'antan. On croit souvent que la pratique de l'oléiculture n'existait pas avant l'arrivée des Grecs et l'on situe fréquemment les origines de l'olivier en Syrie. Les faits nous disent le contraire. Dans la réalité, l'olivier sauvage existe tout autour de la méditerranée, et donc chez nous, depuis le pliocène. D'abord simples cueilleurs, les premiers hommes de la région maîtrisent progressivement  la culture de l'olivier et l'on peut considérer qu'au néolithique la domestication de l'espèce se poursuit, comme en témoignent notamment différents vestiges de l'Âge du Bronze trouvés à Salses et à Corbères-les-Cabanes qui révèlent que les arbres étaient taillés dès cette époque. Lorsque les Grecs arrivent plusieurs siècles plus tard, la tradition existe donc déjà, mais ils amènent avec eux leur savoir-faire et de nouvelle variétés d'olives, transformant de manière définitive les techniques de culture et l'usage de l'huile. Malheureusement, l'installation des Romains en Gaule Narbonnaise au IIème siècle avant J.-C. mettra un terme, momentané, à tout cela, puisqu'olive et vigne sont interdits afin de ne pas concurrencer les producteurs transalpins. Malgré tout, le savoir et les cultures se sont transmis, sans doute par nécessité, car, comme on le dit ici : "L'oli d'oliva tot mal esquiva" !

Olea europaea


Source : Claude Gendre, Histoire de l'olivier en Roussillon, Trabucaire, 2003
Image : Par Franz Eugen Köhler, Köhler's Medizinal-Pflanzen (List of Koehler Images) [Public domain], via Wikimedia Commons

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samedi 24 août 2013

Noms d'eau

Même si le département des Pyrénées-Orientales est loin d'être le plus humide de France, l'eau y a toujours été présente partout et sous différentes formes. C'est donc en toute logique que nos ancêtres s'y sont parfois référés lorsqu'il a fallu nommer des lieux habités. Parmi nos communes, certaines se réfèrent à des étendues d'eau. C'est le cas de Cabestany, anciennement Caput Stagnum, littéralement la "tête de l'étang". Il en est de même pour Banyuls-sur-Mer, jadis près d'un marécage et Banyuls-dels-Aspres, près d'un petit étang aujourd'hui asséché, tous deux du latin balneolis pour une lagune, et enfin pour La Llagonne, du catalan llacuna pour lagune également. Les références à des rivières sont plus rares, mais Reynès et mentionné pour la première fois en tant que lieu du "Rio Nigro", Rivesaltes n'est autre que "rives hautes" et Fourques un embranchement de deux cours d'eau. On trouve beaucoup plus de références à des sources. Salses rappelle ses sources magnésiennes, les fontaines de Fontpédrouse, Fontrabiouse et Font-Romeu sont tour à tour abondante, capricieuse ou du pélerin, et Ayguatébia est une source d'eau tiède. Pour compléter ce tableau, on ne saurait oublier les Bains-d'Arles, anciens bains romains devenus Amélie-les-Bains et Le Tech, commune créée en 1862 par détachement de Prats-de-Mollo et simplement nommée par le fleuve qui la traverse.

Où est passée la lagune de La Llagonne ?


Source : Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 2, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1985
Photo : Par Sascha, mai 2005, Domaine Public, via Wikimédia Commmons.

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vendredi 23 août 2013

Trafic de mules

Il existe une règle universelle concernant les frontières : c'est toujours mieux de l'autre côté. L'ancienne frontière du Roussillon partait de Salses et suivait grosso modo les Corbières. Le trafic y était déjà conséquent et réfugiés en tous genres et marchandises de contrebande circulaient dans les deux sens. Avec le Traité des Pyrénées en 1659, la frontière se déplace plus au sud et le trafic avec. On allait désormais chercher en Espagne, de manière plus ou moins licite, ce qui manquait en France ou y coutait moins cher et vice versa. Mais, à la différence de l'ancienne frontière avec le Languedoc, la nouvelle division entérine la séparation d'un peuple unique, les Catalans, en deux entités différentes. Il n'est donc pas étonnant que les rapports soient restés très étroits dans les Pyrénées entre des gens qui étaient souvent parents ou possédaient encore des terres de chaque côté de la frontière. Le trafic reste une habitude qui permet d'améliorer le quotidien de populations aux revenus modestes, d'autant plus nécessaire lors des périodes de crises. Lors de la première Guerre Mondiale, par exemple, les pénuries s'accentuent et le trafic de denrées de première nécessité prend un nouvel essor. L'armée française manque de chevaux et tous les équidés du pays sont réquisitionnés. Cela ne suffit pas et l'on importe alors des mules et des chevaux d'Espagne, d'Argentine, du Canada ou des Etats-Unis. Le trafic traditionnel de mules à travers les deux Cerdagne trouve alors une nouvelle dimension. On achète des animaux en Bretagne ou dans le Poitou et on les élève en Cerdagne avant de les faire passer clandestinement en Espagne. Ceux-ci sont ensuite rachetés par l'armée française qui a besoin au plus fort de la guerre de 32000 mules et chevaux par jour et ils repartent par le Perthus, mais cette fois-ci en direction du nord. Ce commerce très rentable a fini par disparaître, mais le trafic transfrontalier a de manière certaine encore de beaux jours devant lui.

Un soldat américain et son cheval portant des masques à gaz (vers 1917-18)


Source : Michel Ruquet, Les liens transfrontaliers entre le Roussillon et le Principat de Catalunya, avant et pendant la première Guerre Mondiale (1914-1918) : Leur rôle dans le phénomène d'insoumission et de désertion, Perpignan, Revue Domitia, n°6, 2005
Photo : By Bureau of Medicine and Surgery, Department of the Navy [Public domain], via Wikimedia Commons

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mercredi 21 août 2013

Colère épiscopale

L'année 1613 voit l'installation d'un nouvel évêque à Perpignan, l'andalou Don Francisco de Vera. Les relations à son arrivée sont cordiales et les prêtres de Perpignan lui font cadeau de toute une basse-cour en guise de cadeau de bienvenue. Mais les rapports se dégradent très vite et, suite à divers incidents, Don Vera en arrive à excommunier plusieurs bourgeois de Perpignan et à interdire les messes dans la majorité des églises de la ville. Cela ne leur fait ni chaud ni froid et les incidents continuent avec la population. Le gouverneur et les Consuls de la ville sont alors excommuniés à leur tour et le clergé commence lui aussi à s'énerver devant l'attitude autoritaire de son évêque. Ce dernier achève d'exaspérer ses ouailles lorsqu'il décide de se faire installer un nouveau fauteuil dans la cathédrale afin d'être assis plus haut que ses prédécesseurs. Plusieurs chanoines en colère démolissent donc à la hache l'auguste siège et, lors de leur interpellation, blessent l'évêque avec un poignard. Jetés en prison, ils s'évadent rapidement et sont excommuniés, sans que cela ne les affecte autrement. Ils se présentent à la messe quelques jours plus tard en jetant un grand froid dans l'assistance, ayant obtenu le pardon de l'archevêque de Tarragone, au grand désarroi de notre évêque local. Don Vera étant parti en voyage, son remplaçant en profite pour nommer ces trois chanoines responsables de leur communauté et provoque un nouveau scandale. La situation ne trouvera une issue qu'avec l'aide des Consuls de Perpignan. Sans doute la mort de Don Vera en 1616 permit-elle également d'apaiser définitivement les esprits.

Chanoine du XIXème siècle


Sources :  
Jean Villanove, Histoire populaire des catalans, tome II, 1979
Emmanuelle Rebardy-Julia, La translation de résidence et du chaître d'Elne à Perpignan (1602), Domitia n°4, septembre 2003
Image : Par Mangouste35 (Travail personnel) [GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html) ou CC-BY-SA-3.0-2.5-2.0-1.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

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mardi 20 août 2013

Le livre de Vernet

La renommée de Vernet-les-Bains, bénéficiant de celle du prince Ibrahim Pacha visitant la ville en 1846, plaçant ainsi la ville sur la carte, attire un siècle durant une clientèle aristocratique venant profiter de son climat, de ses eaux et de ses beaux paysages. A la belle époque, les français et les espagnols visitent la station en été, tandis que les britanniques viennent profiter du climat hivernal. C'est le cas de Rudyard Kipling qui arrive à Vernet pour la première fois en 1910, suivant les conseils de son médecin qui lui recommande un climat chaud et sec. Le célèbre prix Nobel de littérature et auteur du Livre de la jungle est fasciné par la région, à tel point qu'il y revient en 1911, 1914 et 1926. Alors que, selon ses propres mots, il ne venait à Vernet que pour chercher "rien de plus qu'un petit rayon de soleil", il tombe sous l'emprise du Canigou, "montagne enchanteresse entre toutes" et dont il se déclare alors un "loyal sujet". Mais que l'on ne se méprenne pas : même si Kipling devait sûrement se promener autour de Vernet, il est malgré tout fort probable qu'il ne soit jamais monté au sommet de l'illustre montagne, sa santé fragile le cantonnant plus raisonnablement dans son lieu de villégiature. Mais l'imagination des romanciers remplace toutes les excursions et Kipling écrira un conte mettant en scène des anglais visitant la région, Pourquoi la neige tombe à Vernet. Souhaitant sans doute revoir le Royaume du Canigou, Kipling s'apprête à revenir dans le midi de la France en 1936, mais il meurt d'une attaque peu de temps avant de reprendre le bateau à Londres. Le Canigou venait de perdre un de ses fidèles sujets.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
Kipling, assis à droite, et divers notables à Vernet (1911)

Source : André Suchet et John Tuppen, Rudyard Kipling à Vernet-les-Bains dans le Massif du Canigou, Revue Babel
Photo : Office du Tourisme de Vernet-les-Bains



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dimanche 18 août 2013

Commerce de personnes

L'esclavage a existé en Roussillon depuis l'antiquité. Favorisé par le droit romain, puis par le droit gothique, il s'est imposé d'autant plus facilement qu'il n'existait pas dans la région de véritable équivalent au statut de serf que l'on pouvait trouver ailleurs en France. Le meilleur moyen de disposer d'une main d'œuvre corvéable à merci reste donc pendant très longtemps l'achat d'esclaves, commerce florissant dans tout le pourtour méditerranéen et notamment en Roussillon, du XIIIe au XVIIe siècle. Les marchands catalans ramènent de leur voyages en Orient de nombreuses marchandises, parmi lesquelles on trouve souvent des groupes d'esclaves. Le marché principal en Catalogne pour ce trafic se trouve à l'époque à Barcelone, mais on constate que les Roussillonnais achètent des esclaves en grande quantité à partir du 13ème siècle, quelle que soit leur classe, soit comme auxiliaire domestique, soit pour travailler la terre. Les marchands, les artisans, les bourgeois, les prêtres, les religieuses, tous achètent des esclaves. Pour exemple, l'évêque d'Elne déclare dans son testament en 1259 la possession de huit esclaves, dont six païens. Leurs origines varient suivant les époques : d'abord des prisonniers de guerre sarrasins, on importe ensuite des Tartares, des Grecs, des Bosniaques, des Bulgares, des Tcherkesses, des Russes et bien sûr aussi des Africains, parmi lesquels figurent de nombreux Ethiopiens. Au 16ème siècle, on commence également à vendre à Perpignan quelques Amérindiens, disponibles depuis la découverte de l'Amérique. La plupart de ces esclaves sont baptisés, et les femmes accouchent très fréquemment d'enfants conçus par leur maître, tandis qu'elles sont employées comme nourrices dans la plupart des grandes familles de la région. Ce commerce décline à partir du XVIIe siècle et disparaît définitivement avec le Traité des Pyrénées (1659) qui impose le droit français en Roussillon.

Fers d'esclave


Source : Auguste Brutails, Étude sur l'esclavage en Roussillon, du XIIIe au XVIIe siècle, Larose et Forcel, 1886 (à lire ici)
Photo : Par Urban (Travail personnel) [Public domain], via Wikimedia Commons

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samedi 17 août 2013

La chèvre et le lion

Les puissants de ce monde ont toujours aimé s'entourer d'animaux rares ou féroces, à la fois par vanité et pour symboliser leur pouvoir. Les rois de Majorque qui avaient établi leur capitale à Perpignan n'échappent pas à la règle. Dès la création du palais, on sait qu'il existait une sorte de ménagerie, au début alimentée par des cadeaux reçus de toute sorte, tel ce perroquet africain offert par un marchand en 1330. Les registres nous disent qu'il y a eu au 14ème siècle, un loup, un ours, des autruches, de nombreux lions et lionnes, ces derniers étant parqués dans les fossés entourant le château. On sait même qu'à la fin du 15ème siècle, la visite de ce zoo avant l'heure était payante, manière de contribuer peut-être à l'entretien des animaux. Pierre IV d'Aragon, ayant absorbé le royaume de Majorque, s'occupe lui aussi de cette ménagerie et appointe un dénommé Raymond Domenech comme gardien des lions du château. Ce dernier était non pas un spécialiste des sports collectifs mais un ancien teinturier de Perpignan qui obtint le droit de transmettre sa charge à ses enfants, ce qui se fit sur plusieurs générations. Les frais étaient initialement pris en charge par un impôt prélevé sur la communauté juive de Perpignan, puis les Domenech devinrent également responsables de l'élevage d'un troupeau de chèvres près du Palais, afin de réduire les coûts de nourriture des fauves. Consciencieux, ils nous ont laissé de nombreux témoignages sur les naissances et morts des lions dont ils avaient la charge. Par la suite, le changement d'usage du château, de résidence royale en place forte militaire, finit par avoir raison de la ménagerie et, désormais, plus aucun lion ne rugit au palais.

Ceci n'est pas Raymond Domenech, teinturier à Perpignan


Sources :
Jean Reynal, Jean-Philippe Alazet et Michel Castillo, Le palais des rois de Mallorca, Trabucaïre, 2010
Jean Capeille, « Domenech », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Photo : Par NL-HaNA, ANEFO / neg. stroken, 1945-1989, 2.24.01.05, item number 930-7276 (Nationaal Archief Fotocollectie Anefo, [1]) [CC-BY-SA-3.0-nl (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/nl/deed.en)], via Wikimedia Commons 
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jeudi 15 août 2013

Un sacré caractère

L'ensemble des témoignages que l'on peut rencontrer dans les ouvrages du 19ème siècle à propos des habitants des Pyrénées-Orientales nous dressent un portrait complexe. Rédigés aussi bien par des parisiens que par des provinciaux à des époques différentes, il se dégage pourtant de ces livres un certain nombre de constantes. Avant tout, nous dit-on, l'indigène de ce département est vigoureux, vif, impétueux voire irascible, très indépendant de caractère et avec une haute estime de lui-même. Un peu brusque, le Roussillonnais vous pardonnera de l'avoir contrarié, mais il n'oubliera jamais.  En règle générale, soyez francs avec lui et tout se passera bien. En 1878, un auteur remarque que les habitants de ce département sont encore "les moins français" parmi toutes les régions de France, pays dont ils parlent encore comme d'une contrée étrangère. Les montagnards du département sont aussi réputés pour être excessivement procéduriers : les fossés, les chemins, les animaux sont prétextes à des querelles sans fin, que les auteurs excusent par la misère qui règne encore bien souvent dans ces zones peu développées et où chaque denrée compte. Cependant, pour compenser ces traits un peu rudes, tous ont remarqué que le Roussillonnais aime faire la fête. Ses amusements favoris sont les courses de taureaux et, surtout, la danse, à laquelle il se livre avec excès et plus que partout ailleurs. Certains pensent même qu'il apprend à danser avant de marcher. Si d'aventure vous venez vous installer dans les P.-O., vous savez désormais ce qu'il vous reste à faire : danser !

Le Roussillonnais (1878)

Sources :
V.A. Malte-Brun, Les Pyrénées-Orientales, 1882
Richard et Quetin, Guide aux Pyrénées, 1846
Les Français peints par eux-mêmes, tome 2, 1876-1878. Chapitre sur les Roussillonais par Amédée Achard (à lire ici
Image :  Gallica

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mercredi 14 août 2013

Appel longue distance

Les tours de guet situées le long des Pyrénées existent depuis l'antiquité. Ce système de surveillance a permis suivant les époques d'alerter les populations à propos des mouvements de troupes amies ou ennemies se dirigeant vers le Roussillon. Un imprimé paru en 1707, intitulé "Mémoire de ce qu'il y a à faire sur la frontière du Vallespir pour s'opposer à l'entrée des ennemis en Roussillon", nous en détaille le fonctionnement. Une succession de postes est établie entre Saint-Laurent-de-Cerdans et la Tour de la Massane, en passant par Montferrer, Montalba d'Amélie, le pic de Garce à Céret, le pic Saint-Christophe à L'Albère, Llauro, Castelnou et Laroque-des-Albères.  Des signaux de fumées sont établis pour le jour et des signaux de feux pour la nuit. En cas d'un déplacement inhabituel important de troupes, chaque poste a pour mission de tirer deux coups de canon, auxquels chaque poste en suivant la chaîne répond par deux autres coups de canon, à la fois pour confirmer que l'information est reçue et pour le transmettre au suivant, jusqu'à la citadelle de Perpignan. Deux salves supplémentaires sont tirées lorsque les ennemis ont franchi l'un ou l'autre col et sont entrés dans la plaine du Roussillon. Les hommes en armes ont alors pour ordre de se regrouper à Arles, Céret, Saint-Jean, Argelès, etc. et d'attendre les ordres. L'entretien et le bon fonctionnement de ces postes de garde sont à la charge des baillis ou consuls de chaque territoire, et le non-respect de ces consignes par les personnes qui y sont affectées est de fait puni de trois mois de prison.

La tour de la Massane veille...


Source : Mémoire de ce qu'il y a à faire sur la frontière du Vallespir pour s'opposer à l'entrée des ennemis en Roussillon, 1707 (à lire ici)
Photo : Par André Suchet (Don reçu de l'auteur pour Creative Commons) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons

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mardi 13 août 2013

Cinéma du monde

Concilier les ambitions d'un scénariste ou d'un réalisateur de film avec le budget disponible est rarement une mince affaire, et les équipes de production doivent souvent chercher par tous les moyens de faire des économies. Pour commencer, il vaut mieux éviter d'avoir à partir trop loin, même lorsque l'histoire se passe dans un pays autre que la France, et tenter de trouver un paysage semblable pour faire illusion dans nos bonnes vieilles campagnes de province. On ne sera alors pas étonné d'apprendre que le département des Pyrénées-Orientales à servi maintes fois pour figurer des contrées étrangères que la magie du cinéma a transformé en pays plus ou moins lointains. Plusieurs films se sont servi du département comme substitution à l'Espagne où il était encore difficile de tourner sous la dictature du général Franco. Citons par exemple Le Fils de Caroline Chérie (1955), Le Bossu (1959) ou La Fête espagnole (1961). Dans un registre latino-américain, Et qu'ça saute (1970) vient chercher chez nous les paysages du Guatalpa, pays imaginaire, tandis que L'Évadé (1975) filme une prison mexicaine au fort de Bellegarde. Charles Bronson y débarque en hélicoptère et les gitans de Perpignan sont engagés comme figurants pour faire les mexicains. De la même manière, ce sont des Cerdans qui sont recrutés pour faire les Lapons dans Tornavara (1943), tandis que des machinistes passent avec des bois sur le dos pour faire les rennes. Enfin, les paysages du Fenouillèdes servent à montrer la Chine dans Chine ma douleur (1989) et ceux de Cerdagne la Croatie dans Vertige (2009). Le monde entier (ou presque) dans 4116 km².


Sommes-nous en Chine ou dans les gorges de Galamus ?


Source : Jean-Noël Grando, 100 ans de cinéma en Pyrénées-Orientales : Histoires et secrets de tournages, Perpignan, Mare nostrum, 2010
Photo :  Sylvain Perrinel via Wikimedia Commons

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samedi 10 août 2013

Le goût des autres

Un article récemment paru dans L'Indépendant nous apprenait  que l'homme de Tautavel pratiquait sûrement le cannibalisme rituel. Nos esprits contemporains peuvent s'accommoder de ce genre de comportement, que l'on a souvent tendance à excuser par le caractère primitif de nos ancêtres préhistoriques. Manger ses congénères, amis ou ennemis, n'est pourtant pas un acte anodin, et l'aspect rituel de cette affaire nous permet d'oublier qu'homo erectus semble tout de même s'être délecté de la moelle fraîche contenue dans les os des pauvres hères lui ayant servi de repas. Il existe d'autres circonstances pouvant mener à l'anthropophagie et l'histoire roussillonnaise en fournit plusieurs témoignages. Les exemples les plus courants sont la conséquence de famines, par la faute de sécheresses ou de guerres, et l'on parle alors de cannibalisme de survie. Les deux sièges subis par la ville de Perpignan face aux Français, de 1473 à 1475 et en 1640, ont naturellement mené à ce genre de comportements extrêmes. En 1475, après avoir mangé tous les animaux possibles (ce qui leur valu le surnom de mangeur de rats), fait bouillir le cuir des harnachements et mangé l'herbe des remparts, les Perpignanais en sont réduits à s'attaquer aux cadavres des défenseurs et assaillants. La situation est la même en 1640, et le fait d'avoir aussi mangé le crottin des chevaux n'y changera rien, les morts nourriront les vivants. Il n'est bien sûr pas question de gastronomie ici et l'on excusera sans hésiter nos aïeux pour ces dramatiques événements qui ne leur ont pas laissé le choix, face à ce qui reste encore le tabou suprême de nos sociétés modernes.

Plan du siège de 1473

Sources :
Article de L'Indépendant
Bernard Duhourcau, Guide des Pyrénées mystérieuses, Tchou, 2006
Image : Par Enea Vico (1523-1567) (http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55004732v) [Public domain], via Wikimedia Commons

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vendredi 9 août 2013

Nouveaux noms

La Révolution française de 1789 et ses conséquences, dans sa volonté de faire table rase du passé et, en premier lieu, de l'influence de l'église, ne pouvait manquer de s'attaquer aux noms. Il ne suffisait pas de réformer le calendrier ou d'inventer de nouveaux prénoms, car les noms de lieux eux-même rappelaient l'ancien ordre établi. C'est ainsi qu'à partir de 1793 de nombreuses communes se voient imposer de nouvelles dénominations. On trouve à travers toute la France des villages appelés Liberté, Fraternité, La Vérité, L'Harmonie, Le Désir, Fructidor ou Germinal. On trouve aussi des noms un peu plus agressifs tels que Le Zélé-Patriote, L'Ami-des-Lois, La Carmagnole, Les Sans-Culottes, La Révolution ou Brutus-le-Magnanime. Le département des Pyrénées-Orientales est relativement épargné par cette vague de nouveaux noms, mais on trouve tout de même quelques exemples intéressants. Sainte-Marie-la-Mer est renommée Redoute-Maritime ou Redoute-de-L'Agly, Saint-Laurent-de-la-Salanque devient la Sentinelle-de-l'Agly, tandis que Port-Vendres se transforme en Port-de-la-Victoire. Mont-Louis est renommé Mont-de-la-Liberté ou Mont-Libre, tout comme le Mont-Saint-Michel situé en Normandie. Enfin, les Forts de Bellegarde et de Saint-Elme sont requalifiés en Fort de Midi-Libre et Fort-du-Rocher. Malgré les efforts de la toute jeune république, ces noms ne s'imposeront jamais et la plupart des anciennes appellations sont reprises dès 1803.

Le Fort-du-Rocher


Sources : Wikipédia + Villes révolutionnaires
Image : Par Nitot (Travail personnel) [CC-BY-SA-3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0) ou GFDL (http://www.gnu.org/copyleft/fdl.html)], via Wikimedia Commons

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jeudi 8 août 2013

Crise papale

Sigismond 1er
Le Grand Schisme d'Occident, crise qui touche l'église catholique de 1378 à 1417, voit se succéder une nuée de papes et d'antipapes à Rome, Avignon, à Pise, en Aragon et même à Rodez. L'antipape Benoît XIII est élu en Avignon en 1394, après la mort de Clément VII. Issu de la noblesse aragonaise, il est obligé de se réfugier dans son pays d'origine après avoir subi un siège dans la cité pontificale. Cherchant une solution à la crise, différentes rencontres au sommet sont organisées afin de faire se rencontrer les différentes parties. C'est à l'occasion de l'une de ces discussions que Sigismond 1er, roi de Hongrie et des Romains et futur empereur romain germanique, se rend en Roussillon. Arrivé par Salses à la mi-septembre 1415, il est conduit à Canet où il passe la nuit au château. Il se rend ensuite à Perpignan où sont organisées de grandes festivités auxquelles il ne peut malheureusement pas assister, étant "indisposé". Logé au monastère des frères mineurs, Sigismond reste à Perpignan jusqu'au 5 novembre 1415 pour un pseudo-concile avec Benoît XIII et Ferdinand 1er, roi d'Aragon et de Sicile. Sigismond tente sans succès de convaincre Benoît XIII d'abdiquer, alors qu'il n'est plus soutenu que par le roi d'Aragon et au terme des discussions, la situation semble n'avoir pas bougé. Alors même qu'il finira par ne plus être reconnu par quiconque, Benoît XIII tiendra son fauteuil jusqu'à sa mort en 1423 et fera même élire un dernier antipape.


Sources :
Robert Saut, Canet en Roussillon : regards sur 3000 ans d'histoire, Canet-en-Roussillon, Les Amis du Vieux Canet, 1991
Jean Sagnes (dir.), Le pays catalan, t. 1, Pau, Société nouvelle d'éditions régionales, 1983
Image : Pisanello [Public domain], via Wikimedia Commons

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mercredi 7 août 2013

Mirage marseillais

Le phénomène de réfraction de la lumière permettant d'observer le Canigou deux fois par an depuis Marseille est aujourd'hui une réalité bien connue. Il faut pour cela que le soleil se couche pile derrière le Canigou et dans un alignement parfait en direction de la cité phocéenne, ce qui n'arrive que deux fois par an début février et fin octobre. Cet événement est observé par un astronome professionnel, le baron de Zach, en 1808 depuis Notre-Dame-de-la Garde : "A peine le dernier rayon avait-il disparu que, comme par un coup de baguette, nous vîmes pour ainsi dire tirer le rideau et une chaîne de montagne noire comme geai avec deux pics élevés vint, au point nommé,. frapper nos regards avec tant d'évidence et de clarté que plusieurs spectateurs eurent peine a croire que ce fussent les Pyrénées. On les aurait prises pour des montagnes du voisinage, tant elles paraissaient distinctes et proches de nous." Le baron de Zach vient à ce moment-là d'observer un mirage des pics du Canigou et des Tres Vents. Malgré leur altitude (2784 et 2731 mètres), la courbure terrestre empêche normalement toute vision depuis cette distance. La réfraction de la lumière est provoquée dans ce cas soit par des différences de densité de l'air, en descendant du Canigou, soit de température au-dessus de la mer et en arrivant vers Marseille. C'est ainsi que la ligne droite du Canigou vers Marseille qui devrait normalement se trouver à 120 mètres de profondeur dans la mer se retrouve visible depuis Notre-Dame-de-la-Garde ou depuis le massif de Marseilleveyre, transportant un peu de notre pays catalan chez nos voisins provençaux.

Petites histoires des Pyrénées-Orientales
Serait-ce le Canigou au loin ?


Sources :
Bernard Duhourcau, Guide des Pyrénées mystérieuses, Tchou, 2006
Bulletin trimestriel du Syndicat d'initiative du Roussillon, Perpignan et le Roussillon, 1899 ?
Photo : akunamatata sur Flickr



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samedi 3 août 2013

L'ardoise de l'abbé

Presque trois siècles après sa fondation, l'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou voit l'élection d'un nouvel abbé le 10 février 1291, Guillaume II, en fonction jusqu'à sa mort en 1299. Profitant du passage dans la région en 1296 de Jacques II, roi de Majorque, l'abbé décide d'organiser un magnifique festin en l'honneur du monarque, que celui-ci accepte afin de rendre honneur à l'abbaye et qu'il a sûrement su apprécier. Une fois Jacques II reparti, toutefois, Guillaume réalise qu'il n'a pas de quoi payer la note. Qu'à cela ne tienne, le peuple est là pour ça et notre abbé décide de faire payer l'ardoise aux habitants de Vernet, dont il est le seigneur. Devant le refus des habitants d'obtempérer, Guillaume envoie son bailli confisquer diverses habitations du village. Une procédure est alors engagée par les habitants de Vernet contre l'abbé, dès le 2 décembre 1296, sur un argumentaire simple : au cas où l'abbé aurait été contraint de recevoir le roi et de lui servir un festin, les habitants auraient payé une partie de la note par solidarité avec leur seigneur. Considérant que cela n'est pas le cas et que ce repas a été servi de manière tout à fait volontaire par l'abbé et dans le seul but d'impressionner ses invités, les habitants de Vernet refusent de régler la dette de 200 sous réclamée par ses fournisseurs. Sous la menace d'un emballement de la procédure, Guillaume finit par céder et les biens des habitants sont relaxés tandis qu'il se retrouve seul avec sa dette.

Jacques II


Source : Jean Capeille, « Guillaume II (?-1299) », dans Dictionnaire de biographies roussillonnaises, Perpignan, 1914
Image : Par Old (Wikipedia en catalán) [Public domain], via Wikimedia Commons 

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vendredi 2 août 2013

Retour au Louvre

Isaac Pereire (1806-1880) est un banquier et homme d'affaires bordelais très influent qui, tandis que son frère devient député de la Gironde, se fait élire conseiller général de Perpignan puis député de l'unique circonscription des Pyrénées-Orientales en 1863. Il semble avoir gardé un très bon souvenir de son passage à Prades et décide de remercier les habitants par un prestigieux cadeau. C'est ainsi qu'est offert à la ville un tableau d'El Greco (1541?-1614), "Le Christ en croix adoré par deux donateurs". C'est une œuvre hors de prix ayant appartenu au roi Louis-Philippe et jadis exposée dans la célèbre galerie espagnole du Louvre, puis retirée et vendue à Londres en 1853. Pereire souhaite la faire installer dans la salle d'audience du Palais de justice, où elle reste alors accrochée une quarantaine d'années durant. Les combattants pour la laïcité finissent par avoir raison de cet objet encombrant et la toile est décrochée en 1903 et rangée dans un débarras. Personne au conseil municipal de Prades ne semble être conscient de sa valeur lorsqu'une première offre d'achat est faite par le musée de Pau, et le tableau est vendu pour 30 000 francs. Le ministère des Beaux-Arts, averti de la présence de cette toile de maître à Prades, fait annuler la vente et le classe monument historique. Une deuxième négociation est entamée et le Christ en croix finit par être vendu en 1908 pour 25 000 francs au musée du Louvre, où il est exposé aujourd'hui dans le pavillon Denon.

Le Christ en croix, 260x171 cm


Sources :
Base Joconde (portail des musées de France)
Jean Rifa, Pyrénées-Orientales : L'histoire de nos villages, Tome 1, Alliance éditions, 2011
Image : El Greco [Public domain], via Wikimedia Commons

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